Érosion, ou les dames de l’ombre

décembre 17th, 2011 § 1 comment

20111217_Lucile-Durdan

C'est une humanité qui nous rapproche de nos semblables par nos actes et nos prises de parole, unis dans notre soif de vie, mais pourtant isolés pour mieux nous protéger.
L'humanité, cyclique.

C'est un monde qui se bâtit en même temps que nous l'érodons : quand la Nature se heurte à nos aspirations conquérantes, nos tours de Babel provoquent la fureur des éléments.
Le monde, cyclique.

Malgré ces rapports de force permanents, l'équilibre - improbable - parvient à se maintenir. Et si nous prêtions un peu mieux attention, nous finirions par nous rendre compte que d'Autres veillent à cette unité.

Quand les mondes s'érodent, les frontières s'assouplissent et permettent à certains êtres fantastiques de s'immiscer dans nos existences pour y intervenir de manière intangible et nous ramener à la raison et à l'harmonie.
Quand la lumière du jour entame sa lente décroissance et rend nos ténèbres encore plus palpables, un passage ancestral s'ouvre.

Dès lors, on peut entre-apercevoir de curieuses silhouettes féminines tout autour de nous.
Danseuses de l'ombre, fluides et fugaces, elles nous chuchotent à l'oreille, accompagnent et décelèrent nos mouvements les plus rapides pour nous aider à temporiser notre rythme éperdu.

Ainsi, en mystérieuses gardiennes du cycle de la Vie, enveloppées dans leurs atours stratifiés et à l'abri des regards, elles apportent un regain d'unicité et d'équilibre à nos heures les plus inquiètes.

Il est dit que chaque humain effleuré par leurs conseils avisés se verra offrir un anneau détaché de leurs robes-armures en mémoire de son humanité retrouvée.
Il est également dit que les silhouettes disparaissent au solstice d'hiver : quand la nuit la plus longue de l'année s'achève, les dames de l'ombre engloutissent avec elles nos valeurs érodées en nous confiant un nouveau printemps où vivre en harmonie.

Silhouette par Lucile Durdan.

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§ One Response to Érosion, ou les dames de l’ombre

  • Thierry Dusausoit dit :

    Bonjour,

    En vous lisant je me suis dit que vous devriez aimer un certain Gherasim Luca… Non ?
    Extrait ci-dessous :

    « Mortuaire dans mon souple manteau couvert de peignes d’où l’on n’a pas encore retiré les cheveux de la femme que je cherche et qui pourtant m’accompagne le long des rues où il ne manque que les gens et les portes, l’air je l’aspire dans de grands verres en métal dont les parois résonnent selon une partition en parchemin brûlé où la joue d’une fillette du neuvième siècle se posa par un après-midi trop chaud.
    Somnambule, les paumes ouvertes, je pousse l’obscurité, ma seule lanterne_ : cette femme à moitié léopard, bel arbre.
    De l’un et de l’autre côté de la route, gisent des cadavres de chiens dévorés par des cadavres de chats dans lesquels grouillent comme dans une bouche ouverte une foule de cadavres de papillons.
    Un seul abricotier dans la ville : moi !
    Mégalomane comme toute main à l’intérieur du gant, le poumon, par bravade, je le porte sur la poitrine. »

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